Q8. La religion

Peut-on légitimement se dire chrétien et croire que la relation de chacun avec une source qu’on peut ou non appeler Dieu peut se faire en dehors de toute religion?

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OUI 

Simon-Pierre Arnold : « J’aborde ici ce concept [religiosité] en tant que capacité humaine, quasi universelle, plus ou moins intense selon les cultures, à entrer subjectivement et collectivement en relation avec le mystère, le symbolique, dimensions considérées comme constitutives de la réalité. Cette capacité peut se rapporter ou non à un dieu, ce dernier pouvant revêtir une multitude de formes. Quand nous parlons ici de religion, en revanche, nous nous référons à une représentation culturelle et institutionnelle historique de cette capacité anthropologique [...] Par contraste, je veux privilégier l’expérience mystique comme évènement fondateur, irruption du mystère et du symbolique dans l’expérience personnelle ou collective. Cet évènement peut se produire, ou non, au sein du système religieux...[i] »

Vito Mancuso : « Ce n’est pas la religion qui sauve [...] ce ne sont pas les sacrements, la Messe, les chapelets, les pèlerinages, les indulgences, la Bible […] il n’y a aucune obligation de croire en sa [Jésus] résurrection des morts pour être sauvés.[ii] »

Brian Mountford : « Une question est soulevée : y a-t-il certaines choses qu’une personne doit croire pour être associée, au moins au sens large, avec l’entreprise chrétienne ? […] Dans la mesure où la doctrine est concernée, ma position est que la frontière est perméable entre la foi et le scepticisme et que c’est une force plutôt qu’une faiblesse [...] Dieu se manifeste davantage dans l’action que dans un sanctuaire, que celui-ci soit physique ou doctrinal, une cathédrale ou un livre.[iii] » 

André Myre : « L’important, parce que c’est là précisément que se situe la décision de croire, consiste à obéir à la poussée de vie qui monte du plus profond de soi. Quiconque l’écoute est un croyant ou une croyante, c’est-à-dire un être humain qui fait confiance aux appels de la Vie. La foi en Jésus n’a pas nécessairement une dimension religieuse.[iv] »

John Shelby Spong : « Je cherche un Jésus au-delà des Credo, au-delà des doctrines, au-delà des dogmes et au-delà de la religion elle-même. Ce n’est que là que notre regard se tournera vers le mystère de Dieu, le mystère de la vie, le mystère de l’amour et le mystère de l’être.[v] » « Dietrich Bonhoeffer lança un jour un appel au monde chrétien pour séparer le christianisme de la religion, parlant d’un "christianisme sans religion". J’espère me fonder sur cette conception et y trouver une voie passant par un Jésus humain, qui, dépassant les limites de la religion, me mènera vers tout ce qu’à présent je crois que le mot Dieu contient […] l’amour est une réalité transcendante que je peux ressentir, et par laquelle je puis être transformé ; cela me permet de me plonger dans une compréhension plus profonde de cette réalité et d’en contempler la source, que j’appelle Dieu […] Emprunter la voie du Christ […] cela signifie pouvoir franchir toutes les formes religieuses traditionnelles qui enchaînent notre humanité, afin que nous puissions pénétrer dans le monde sans religion d’une nouvelle humanité.[vi] »

NON 

Hubert de Wouters : « La proposition de la foi chrétienne nous atteint portée, incarnée par une communauté chrétienne, qui nous propose l’offre de sens et de salut que Dieu Trinité en et par Jésus, le Fils incarné, fait à tout être humain […] Cette proposition chrétienne constitue donc non seulement une affirmation de l’existence d’un Absolu, mais aussi une détermination de cet Absolu comme personne, qui entre en relation avec nous, à qui nous pouvons parler, qui est bienveillant envers nous.[vii] »

Joseph Moingt : « Cette recherche […] refuse, en effet, de rejeter la foi dans la pure subjectivité du croyant […] La révélation est la Parole de Dieu passée du livre à l’intérieur de celui qui le lit avec foi, le livre n’en est que l’extérieur authentifié par l’Église qui le donne à lire […] les enseignements du magistère de l’Église sont l’envers de cette révélation, la régulation qui maintient l’unité du corps du Christ dans la même confession de foi.[viii] »

Denit Moreau : « Sur le fond, le catholicisme étant une religion qui réclame et implique une pratique, j’ai du mal à saisir ce qu’est un "catholique non pratiquant". C’est, toutes proportions gardées, comme si l’on parlait d’un "sportif non pratiquant".[ix] »

Michel Souchon : « Et il n’y a que le jour où le visage de Jésus m’a séduit, où j’ai découvert en Lui le Fils de Dieu, que j’ai trouvé un chemin pour approcher Dieu […] Mais c’est à travers un groupe d’hommes que je le découvre. Ce sont des hommes qui se reconnaissent comme ses disciples et qui croient que Jésus dit des paroles qui expriment la pensée de Dieu, pose des gestes qui disent la façon d’agir de Dieu. Faire partie de ce groupe d’hommes, c’est accepter ma petitesse, accepter que je ne peux approcher Dieu qu’à travers des moyens humains qui sont forcément mêlés. C’est aussi accepter une solidarité. De la même manière que nous ne naissons pas à la vie tout seul, que nous ne vivons pas chaque jour sans avoir besoin des autres, de la même manière nous n’approchons pas Dieu individuellement. […] Il y aura toujours une tension entre Foi et Religion, entre sincérité et vérité. Vous ne pourrez jamais choisir l’une sans l’autre sans risquer de tuer cela même que vous voudriez habiter avec toute la pureté de votre désir.[x] »




[i]Arnold, S.-P. (2016), Dieu derrière la porte, Montréal : Éd. Paulines, p. 10-11.

[ii]Mancuso, V. (2009), De l’âme et de son destin, Paris : Albin Michel, p. 176 et 183. 

[iii]Mountford, B. (2011), Christian Atheist, UK : O-Books, p. 55, 69 et 113.

[iv]Myre, A. (2015), Venez voir Jésus de Nazareth, Montréal : Novalis, p. 331.

[v]Spong, J. S. (2015), Né d’une femme, Paris : Éditions Karthala, p. 149, 13.

[vi]Spong, J. S. (2015), Jésus pour le XXIesiècle, Paris : Éditions Karthala, p. 9, 307-308.

[vii]de Wouters, H. (2014), Le mystère chrétien, Paris : Cerf, p. 612.

[viii]Moingt, J. (2014), Croire au Dieu qui vient, Paris: Gallimard, p. 416 et 418.

[ix]Moreau, D. (2018), Comment peut-on être catholique ?, Paris : Seuil, p. 225, note 2.

[x]Souchon, M. (2008), Est-il possible d'avoir la foi sans religion? http://croire.la-croix.com