Q2. Un Dieu personnel

Un chrétien peut-il considérer qu’il n’y a pas de Dieu personnel, la trinité n’étant qu’un symbole produit par des communautés chrétiennes pour résoudre le mystère de Jésus?

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OUI 

Deepak Chopra : « Chaque âge se crée un Dieu qui lui sert pendant un certain temps (parfois plusieurs siècles) […] nous avons construit Dieu à notre image. Il faisait ce que nous attendions de lui. Besoin de sécurité, de protection. Dieu devient un père ou une mère […] Les humains vivent comme des enfants sous la protection de Dieu […] avec notre vision troublée de Dieu, nous ne pouvons pas témoigner de la vraie nature du divin […] Mais lorsque vous entreprenez de trouver Dieu, le monde intérieur se révèle à vous. L’expérience de Dieu devient peu à peu la norme, pas de façon spectaculaire ou miraculeuse, mais de façon bien plus profonde : par la transformation.[i] »

Frédéric Lenoir : « Depuis que j’ai vécu [une] expérience mystique, il y a trente ans, la foi dans le Christ ne m’a jamais quitté (…) Si ma relation à l’Absolu passe essentiellement par le Christ, la question de Dieu reste pour moi ouverte […] Si Dieu existe, il échappera toujours à l’entendement humain, et si Jésus a un lien particulier, unique même, avec Dieu, ce qui est au fondement de la foi chrétienne, son identité profonde restera toujours un mystère, d’où les limites aussi de la théologie trinitaire.[ii] »

John Shelby Spong : « Je suis un être totalement enivré par Dieu, mais je ne peux plus définir mon expérience de Dieu dans les limites d’une définition théiste. Par conséquent, quand j’affirme que je rencontre Dieu dans la personne de Jésus, ce que je veux dire est très différent des définitions théologiques du passé, qui ont forgé des doctrines telles que l’Incarnation ou la Trinité, toutes les deux rattachées à une définition théiste de Dieu […] Il est tout à fait possible de rejeter le théisme sans pour autant rejeter Dieu […] Pouvons-nous ôter le concept théiste de Dieu de notre compréhension de Dieu, et malgré cela, continuer à être des fidèles ? Pouvons-nous enlever de la vie de Jésus la couverture d’un Dieu théiste, et être encore des chrétiens ? Je le crois. En effet, je ne pense pas qu’il y ait d’autre alternative si nous voulons vivre en chrétiens en ce XXIsiècle […] Le dieu théiste est mourant, peut-être même est-il déjà mort […] Le théisme n’était qu’une définition inadéquate de Dieu, définition à laquelle il est temps de faire rendre l’âme.[iii] »

NON 

Simon-Pierre Arnold : « L’intuition de l’éternel inachèvement divin, de l’accompagnement et de l’absence ontologique, se retrouve totalement dans le mystère de la Trinité. En cela réside la perception proprement chrétienne de l’éternel, de l’absolu ou de l’infini […] [iv] »

Hubert de Wouters : « Il est d’une importance vitale pour notre existence de chrétien que nous ayons une bonne théologie trinitaire, si possible explicite [...] Il faut que l’ensemble de notre relation à Dieu demeure équilibrée, c’est-à-dire qu’elle soit normée par le caractère trine et un de Dieu lui-même. Dans la prière chrétienne, nous ne prions pas comme les tenants d’un monothéisme unipersonnel (par exemple, judaïsme ou islam) ; nous pouvons et nous devons nous adresser à chacun des Trois et au Dieu un.[v] »

Joseph Aloisius Ratzinger (Benoît XVI) : « Un autre thème essentiel de la Prière sacerdotale est la révélation du Nom de Dieu […] une nouvelle forme de la présence de Dieu parmi les hommes, une manière nouvelle et radicale dont Dieu se rend présent parmi les hommes. En Jésus, Dieu entre totalement dans le monde des hommes : qui voit Jésus voit le Père.[vi] »




[i]Chopra, D.  (2014), Croire. Choisir l’expérience spirituelle, Paris : Eyrolles, p. 25, 21 et 26.

[ii]Lenoir, F. (2011), Dieu, Paris : Laffont, p. 253, 257-258.

[iii]Spong, J. S. (2015), Jésus pour le XXIsiècle, Paris : Éditions Karthala, p. 230, 241, 253 et 307.

[iv]Arnold, S.-P. (2016), Dieu derrière la porte, Montréal : Éd. Paulines, p. 37.

[v]de Wouters, H. (2014), Le mystère chrétien, Paris : Cerf, p. 302 et 307-308.

[vi]Benoît XVI, (2012), Jésus de Nazareth, De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection, Les Plans-sur-Bex (Suisse) : Parole et Silence, p. 115.