Q1. La Révélation

Un chrétien peut-il considérer que les textes sacrés ne contiennent aucune Révélation, tout discours sur Dieu n’étant que l’expression de l’expérience humaine?

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OUI 

Elian Cuvillier : « Aborder le mythe biblique de façon objectivante — naïve devrais-je dire — revient à rester […] en deçà de l’indispensable démythologisation que requiert notre condition post-moderne [...] Le mythe biblique ne parle pas de Dieu "en soi", ou d’un arrière-monde mystérieux, il parle de l’humain confronté aux grandes questions de l’existence.[i] »

Joseph Moingt : « Nous n’avons pas trouvé de vraies preuves, vérifiables selon les procédures historiennes, d’une manifestation de Dieu dans un événement de l’histoire. Il ne semble pas entrer dans le projet de Dieu de forcer l’assentiment par l’évidence de ses interventions : nous ne chercherons pas de telles preuves de sa révélation en ou par Jésus […] Dieu se révèle aux hommes par la foi qu’il leur inspire, mettant en eux une idée de sa transcendance.[ii] »

Jacques Musset : « Le témoignage de Jésus nous indique la voie de notre fidélité à son "Dieu" : engager nos existences singulières dans l’esprit qui fut le sien en nous laissant inspirer au plus intime par la Source qui était la sienne. Le primat est à l’expérience vécue […] Quand "Dieu" parle, c’est bien l’homme qui parle du plus intime de lui-même. La parole de "Dieu" est en réalité une parole humaine attribuée à Dieu.[iii] »

John Shelby Spong : « Je suis convaincu qu’un être humain a la capacité de faire l’expérience de Dieu, mais aucun être humain ne possède le cadre de référence qui donnerait à cette personne la possibilité de décrire à un de ses semblables ce que c’est que d’être Dieu […] Cela signifie que tous nos credos, nos doctrines et nos dogmes sont des définitions liées au cadre de référence humain et ne sont, en dernière analyse, rien d’autre que des créations humaines ; aucune n’est le produit de ce que nous avons appelé une "révélation divine".[iv] »

NON 

Hubert de Wouters : « La proposition chrétienne, qui vient tout entière de Jésus, le Verbe révélant (lui qui est, avec son ancrage dans l’Ancien Testament, la plénitude de la révélation), est constituée par le témoignage apostolique […] Rappelons d’abord que nous employons ici « révélation » dans l’acception d’ailleurs largement dominante, de « révélation historique », c’est-à-dire qui a eu lieu pendant un moment de l’histoire des êtres humains, d’Abraham à Jésus.[v] »

Joseph Doré : « Le type de réflexion ici mis en œuvre se calque aussi sur l’attitude de Dieu lui-même, du moins s’il faut en croire Jésus et ce que la foi chrétienne propose à son sujet. Lorsque, après de longues préparations historiques assurément, il veut en effet se faire pleinement connaître aux hommes — c’est-à-dire proprement se révéler à eux — il choisit de se faire homme lui-même...[vi] »

François Laplanche rappelle la position officielle de l’Église : « pour la théologie chrétienne, l’histoire relatée dans les Livres Saints n’est pas une histoire comme les autres. Elle en diffère par son contenu, car elle reproduit le récit des interventions divines en faveur des hommes, garanties par les prophéties et les miracles. Elle en diffère encore par son origine, car la Bible, inspirée de Dieu, ne peut contenir d’erreur et constitue la source de toute vérité.[vii] »




[i]Elian Cuvillier, (2016)),L’objectivité scientifique en exégèse biblique. Quelques réflexions actuelles à propos d’un vieux débat, dans Cahiers d’études du religieux, Le fait religieux interrogé par les chercheurs, No 16, 2016, par. 28. 

[ii]Moingt, J. (2014), Croire au Dieu qui vient, Paris: Gallimard, p. 136 et 150. 

[iii]Musset, J. (2015), Repenser Dieu dans un monde sécularisé, Paris : Éditions Karthala, p. 144 et 153.

[iv]Spong, J. S. (2018), Unbelievable, New York : HarperOne, p. 265 et 277.

[v]de Wouters, H. (2014), Le mystère chrétien, Paris : Cerf, p. 533.

[vi]Doré, J. (2015), Jésus expliqué à tous, Paris : Édition du Seuil, p. 148.

[vii]Laplanche, F. (1998), Les Secrets de la Bible, Science et Avenir Hors-Série, no 113, p. 42.