La chrétienté au XXIe siècle

Dans son analyse de L’Âge séculier, Charles Taylor a décrit le bouleversement social qui affecte la chrétienté : « le changement que je veux définir et tracer est celui qui nous mène d’une société dans laquelle il était virtuellement impossible de ne pas croire en Dieu, à une société où la foi, y compris pour le croyant le plus inébranlable, est une possibilité parmi d’autres[i] ». Plusieurs spécialistes considèrent que ces nouvelles conditions entraînent des changements majeurs au sein de chrétienté. 

Joseph Doré, théologien français, ancien archevêque de Strasbourg, répond à une question qu'il se pose :  

« Quand a-t-on commencé à lire le Nouveau Testament différemment

Les choses ont commencé à changer quand, au cours du XIXe siècle, on a utilisé les méthodes scientifiques et critiques récemment mises au point par la science historique […] le résultat de toute cette recherche fut à la fois inattendu et péremptoire. Loin de restituer le Jésus "pur, sûr et dur" qu’on espérait rejoindre, l’entreprise aboutit à présenter une grande diversité de figures de Jésus.[ii] »

Cette diversité se manifeste dans les réponses que l’on donne aux questions suivantes.
Un chrétien peut-il considérer … 

  1. que les textes sacrés ne contiennent aucune Révélation, tout discours sur Dieu n’étant que l’expression de l’expérience humaine ?
  2. qu’il n’y a pas de Dieu personnel, la trinité n’étant qu’un symbole produit par des communautés chrétiennes pour résoudre le mystère de Jésus ?
  3. qu’il n’y a aucune loi divine, que les normes évoluent avec la sensibilité morale, le « péché » étant une simple convention humaine ?
  4. qu’il est vain de prier pour que Dieu intervienne dans les affaires humaines?
  5. que Jésus n’est pas Dieu ? 
  6. que Jésus n’est pas physiquement ressuscité ?
  7. qu’on peut se dissocier de l’Église tout en demeurant fidèle à Jésus ?
  8. que la relation de chacun avec une source qu’on peut ou non appeler Dieu peut se faire en dehors de toute religion ?
  9. que la mort est définitive, qu’il n’y a ni survie ni au-delà ?
  10. que Dieu n'existe pas ?

Dans chacune des pages qui suivent (Q1 à Q10), des citations de spécialistes de la chrétienté semblent indiquer que la réponse à la question posée serait « oui » pour les uns et « non » pour les autres.

Toutes les citations sont contemporaines et presque tous les auteurs affichent ouvertement leur foi chrétienne. On trouvera sous l’onglet « Interlocuteurs » une brève présentation de chacun. Les auteurs francophones encore vivants ont été avisés par courriel de l'utilisation de leurs citations, et invités à consulter le site. En majorité, ils ont confirmé que leur position était bien représentée.  Certains ont demandé des modifications qui ont été faites à leur satrisfaction.

Tous ces experts jouissent d’une crédibilité au sein de communautés chrétiennes, de sorte qu’il serait vain de tenter d’arbitrer les divergences. Il n’existe aucun critère qui ferait l’objet d’un consensus universel au sein de la chrétienté. 

À travers leur diversité, les spécialistes invitent chacun à se poser la question suivante : 

«Qu'est-il nécessaire de croire pour être chrétien? »

Toute personne intéressée à donner son avis est invitée à le faire selon la modalité qu’elle trouvera en cliquant sur l’onglet « Participation ».

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J’ai lu les pages Q1 à Q10. N’ayant aucune compétence pour évaluer les arguments théologiques ou philosophiques des spécialistes cités, je me limite à une réaction personnelle. Je vois chez tous les auteurs un attachement à la figure de Jésus. La divergence dans les discours me semble refléter deux types de sensibilité : fidélité à Jésus de Nazareth pour ceux qui répondent OUI aux questions, fidélité à Jésus le Christ pour ceux qui répondent NON. 

Le Nazaréen, c’est le visionnaire qui ne pose à ses partisans aucune autre condition qu’un engagement dans la vie et dans l’action — « aimez-vous les uns les autres » — pour contribuer au plein épanouissement de l’humanité. 

Le Christ, c’est le fils de Dieu, venu sur Terre pour sauver l’humanité et la conduire à son plein épanouissement.

Personnellement, j’ai longtemps cru en Jésus-Christ et cette croyance m’a propulsé sur le chemin d’une solidarité universelle. Je crois maintenant que la vision du Nazaréen peut se réaliser avec ou sans Dieu. Mais ce que je crois ou ce que les autres croient m’importe moins que l’action qui tend vers une solidarité universelle.

Voici ma réponse à la question posée plus haut : « pour être chrétien, il suffit de croire que chaque être humain est son prochain ».

Je constate qu’un débat qui oppose les croyances, qu’elles soient théistes ou athées, a pour effet de diviser plutôt que d’unir. En revanche, croyants et non-croyants peuvent se concerter pour créer cette solidarité universelle. On ne choisit pas ce que l’on croit, mais on peut choisir ce que l’on fait.

Les spécialistes qui se prononcent sur les questions soulevées par Le Dieu de Tobie ont des positions divergentes, mais l’enjeu est-il différent? Une action concertée pourrait s’accommoder de toute croyance qui favorise la solidarité entre tous les hommes, en harmonie avec la nature. Telle pourrait être la clé d’une spiritualité sans frontières.

 

[i]Taylor, C. (2011), L’Âge séculier, Montréal : Boréal, p.  15-16.

[ii]Doré, J. (2015), Jésus expliqué à tous, Paris : Édition du Seuil, p. 24-25.