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Q5. La divinité de Jésus | L'hypothèse Dieu

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Q5. La divinité de Jésus

Un chrétien peut-il considérer que Jésus n’est pas Dieu?

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OUI 

Barth, D. Ehrman :   « Est-il si important de savoir si Jésus s’est considéré lui-même comme Dieu sur terre ? En tant qu’historien des religions, cela m’importe beaucoup. Mais si ce n’était pas le cas — et je crois, en effet, que Jésus lui-même ne s’est pas considéré comme Dieu —, le fait que ses disciples, plus tard, en ont gardé un tel souvenir est extrêmement important. Sans cette mémoire à propos de Jésus la foi fondée sur lui ne se serait jamais développée, l’Empire romain n’aurait jamais abandonné le paganisme, et l’histoire de notre monde se serait déroulée autrement.[i] »

Hans Küng : « J’aurais donc aussi, à l’instar des musulmans et des juifs dans leur ensemble, des objections contre une élévation de Jésus au rang de Dieu.[ii] » 

Daniel Maguire : « Dans ce livre, je soutiens que la contribution morale de la Chrétienté ne dépend pas d’un Dieu personnel, ni des hypothèses d’une vie après la mort, et je ne demande pas d’attribuer à Jésus de Nazareth ce qu’il ne s’est pas attribué lui-même, c’est-à-dire le transformer en un dieu.[iii] »

Brian Mountford : « En bref, qui était-il [Jésus] ? Les croyants vont, bien sûr, répondre qu’il était Dieu incarné et que cela explique son personnage, mais il est aussi raisonnable de dire qu’il était simplement un homme très bon […] l’Incarnation n’est pas une doctrine étroite.[iv] »

André Myre : « Le Nazaréen […] va certes parler de Dieu, mais en son temps, et oserais-je dire, à sa place […] Il déteste la maladie, il hait la mort, il ne comprend pas que Dieu tolère tant d’injustices, il refuse de baisser les bras […] Il ne vient pas d’ailleurs, il n’a rien d’un gourou, il ne veut contrôler personne, […] il n’a pas de mission spéciale et unique à remplir, il ne se voit pas chargé de dire aux autres quoi faire, il n’est que scandale devant le mal du monde […] Il parle et agit donc sans mandat, sans autorité particulière, poussé à le faire par l’urgence de la situation.[v] »

John Shelby Spong : « La compréhension de la personne de Jésus comme incarnation de la divinité théiste doit être également abandonnée. La christologie traditionnelle n’est plus crédible.[vi] » « Quand je me mets à imaginer ce Jésus, je ne vois plus Dieu sous forme humaine. C’est là, me semble-t-il, une compréhension inadéquate théiste, de ce que signifie la divinité. Cette façon a été créée pour satisfaire des besoins tribaux. Je préfère penser à Jésus en voyant un être humain ouvert à tout ce qui est Dieu, ouvert à la vie, ouvert à l’amour, ouvert à l’être. C’est peut-être une nouvelle façon de penser Jésus, mais au regard de la faillite évidente du théisme et de l’agonie du dieu surnaturel, cette alternative est la bienvenue.[vii] »

NON 

Hubert de Wouters : « Puisque Jésus est désormais reconnu comme le Fils unique de Dieu, l’événement Jésus est une action divine ; cet événement est le moment décisif de la réalisation du dessein de Dieu Trinité, il s’inscrit donc dans la ligne de l’action divine vérérotestamentaire, qu’il poursuit, développe, approfondit et accomplit.[viii] »

Joseph Doré : « Il faut faire la distinction entre "Jésus" et "Christ". Si le premier terme désigne l’homme de Nazareth qui a parcouru les routes de Palestine et est mort sur la croix à Jérusalem, le second renvoie à la réalité mystérieuse et de nature proprement divine qui, portant l’humanité de Jésus et l’animant en toute son existence historique, le rattachait à Dieu, jusqu’à le faire lui-même Dieu. De sorte qu’en "Jésus Christ" il importe de bien distinguer un élément divin et un élément humain[…] Parmi celles des religions du monde qui professent une révélation de Dieu par un médiateur-prophète-représentant qualifié, c’est la spécificité du christianisme d’annoncer que ce dernier révèle Dieu en étant lui-même Dieu.[ix] »

Robert A. Krieg : « Une christologie "d’en bas" qui se respecte se concentre sur la figure humaine de Jésus de Nazareth sans négliger Jésus comme Christ, comme Fils de Dieu. Le risque encouru, c’est de dire trop peu de choses sur la divinité du Christ et sa singularité unique au sein de l’histoire. En d’autres termes, la christologie "d’en bas" peut évoluer vers l’Ébionisme, hérésie qui conçoit simplement Jésus comme un homme qui fut rempli de l’Esprit Saint lors de son baptême.[x] »

Joseph Moingt : « À bien observer cet enchaînement logique des paroles de Jésus et leur étroite correspondance d’un bout à l’autre de la chaîne des logia, il n’est pas permis de douter que Jésus avait la claire conscience d’être l’envoyé de dieu […] Le discours de l’Église sur Jésus est motivé aujourd’hui comme dans le passé, par la volonté de témoigner que Jésus est le vrai Sauveur de l’humanité, ce qui est au pouvoir du seul vrai Dieu, et aucun chrétien ne devrait contester ce point de nos jours pas plus que dans les temps anciens…[xi] »

Denis Moreau : « Tout le monde sera d’accord pour voir dans la thèse des deux natures du Christ la spécificité du christianisme tel qu’il s’est pensé au commencement de son histoire, et une sorte de coup d’éclat, ou de génie, conceptuel…[xii] »

Joseph Aloisius Ratzinger (Benoît XVI) : « La lecture nouvelle de l’Écriture ne pouvant commencer, évidemment, qu’après la Résurrection, parce que c’est seulement en raison de celle-ci que Jésus a été accrédité comme envoyé de Dieu.[xiii] »




[i]Ehrman, B. D. (2016), Jésus avant les évangiles, Montrouge : Bayard, p. 398.

[ii]Küng, H. (1981), Faire confiance à la vie, Paris : Seuil, p. 239.

[iii]Maguire (2014), Christianity without God, New York : State University of New York, p. 4.

[iv]Mountford, B. (2011), Christian Atheist, UK : O-Books, p. 43.

[v]Myre, A. (2015), Venez voir Jésus de Nazareth, Montréal : Novalis, p. 323-324.

[vi]Spong  , J. S. (2012), ANew Christianity for a New World: Why Traditional Faith Is Dying and How a New Faith Is Being Born,San Francisco : Harper. Traduction : https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Shelby_Spong#cite_note-2.

[vii]Spong, J. S. (2015), Né d’une femme, Paris : Éditions Karthala, p. 101 et 267.

[viii]de Wouters, H. (2014), Le mystère chrétien, Paris : Cerf, p. 111.

[ix]Doré, J. (2015), Jésus expliqué à tous, Paris : Édition du Seuil, p. 113-114 et 136.

[x]Commonweal(22 mars 2002, Volume 6, p. 12-16). Traduction francaise de Questions Actuelles (Copyright 2002 Commonweal Foundation, reproduit avec autorisation dans Questions Actuelles, n° 29 (janvier-février, 2003).

[xi]Moingt, J. (2014) Croire au Dieu qui vient, Paris : , p. 192 et 522.

[xii]Moreau, D. (2018), Comment peut-on être catholique?,Paris : Seuil, p. 115.

[xiii]Benoît XVI, (2012), Jésus de Nazareth. De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection, Les Plans-sur-Bex (Suisse) : Parole et Silence.p. 290.