Qu'est-ce que la vérité?

 

Le chapitre 2 de L’hypothèse Dieu traite des choix méthodologiques reliés à une quête de vérité. La question de Pilate en présence de Jésus, « Qu’est-ce que la vérité? » (Évangile selon St-Jean, 18, 38), est toujours à l’étude. Toute croyance repose sur une présomption de vérité, mais comment établir cette vérité dans un domaine qui échappe à l’observable?

En oct0bre 2015, le 2e colloque international de la Société francophone de philosophie de la religion avait pour thème « Religion et vérité ». Jean Grondin y a fait un exposé sur « La religion comme expérience de vérité ». Il affirme au sujet de cette vérité qu’« il n’y a aucune vérification indépendante possible ». Mais il ajoute qu’il faut néanmoins justifier la vérité de la religion. Comment? En évoquant d’abord ce qu’il reconnaît comme un argument faible : « les religions restent majoritaires dans le monde ». Mais une véritable justification, poursuit-il, demande « le recours à la raison » : « une argumentation métaphysique montrant que Dieu est la meilleure hypothèse possible » et « le témoignage de personnalités exemplaires qui suscitent l’adhésion ».

Dans un autre exposé, sous le titre « La vérité de l’expérience religieuse », Guislain Waterlot affirmait qu’« il faut écarter les notions de vérité formelle et objective et se centrer sur le témoignage personnel ».

Imaginons que deux personnes (ou groupes de personnes) font état d’une « expérience de vérité » qui se traduit par des énoncés contradictoires. Pour l’une, le Dieu qu’elle rencontre demande d’aimer ses ennemis. Pour l’autre, le Dieu qu’elle rencontre demande de tuer les infidèles. L’une et l’autre peuvent difficilement prétendre simultanément à la vérité. Mais alors, quel critère utiliser pour en décider?

Il faut d’emblée reconnaître que le mot « vérité » a plusieurs sens. On admet sans difficulté une vérité/sincérité chez une personne qui exprime correctement et honnêtement ce qu’elle vit sans déformation consciente. En présence d’un tel témoignage, chaque interlocuteur décide s’il peut croire ou non cette personne. C’est un jugement de valeur. Il n’y a aucun problème particulier tant que cette expérience ne concerne que la personne elle-même, sans aucune prétention universelle. 

Mais le problème est différent dans une quête de vérité qui vise une certaine universalité. Les spécialistes cités plus haut distinguent une « expérience de vérité » d’une « vérité formelle et objective ». Acceptons leur distinction et cherchons comment on peut valider ou à tout le moins établir l’authenticité d’une « expérience de vérité », avec exemples à l’appui.

À défaut de bien s’entendre sur ce que désigne le mot « vérité », le débat pourrait ressembler à celui qu’on aurait avec le mot « filet » si on confiait le mandat d’en définir les qualités à un comité composé d’un trapéziste, d’un pêcheur et d’un boucher.

Nous retrouvons ici une difficulté propre aux limites de la science lorsqu’on aborde des questions qui ne se prêtent pas à la méthode scientifique. La « vérité formelle et objective » étant hors de portée, y a-t-il d’autres voies pour atteindre la vérité? Celui qui l’affirme devra fournir ses critères pour départager le vrai et le faux.