Opinions scientifiques sur les textes sacrés

1.    « Paradoxalement, la légitimité théologique des études scientifiques des aspects humains des Écritures conduit à affirmer, qu’en un certain sens, la Bible « est un livre comme les autres » (Mayet, L. (1997-1998), Les Secrets de la Bible, Sciences et Avenir, Hors-Série no 113, p. 3)

2.   « L’histoire comme science n’est pas soumise à la foi. La vérité historique ne se confond pas en effet avec la vérité de la foi ». (Lemaître, N. (1997-1998), Les Secrets de la Bible, Sciences et Avenir, Hors-Série no 113, p. 6)

3.   « La Bible n’est pas le « plus vieux livre du monde ». Mais un texte ouvert aux influences culturelles qui traversent le Proche-Orient ancien. C’est ce que montre en particulier le récit du Déluge, largement inspiré d’un très ancien poème mésopotamien. Comme pour la « création du monde » et le problème du « mal », les Hébreux ont recueilli l’extraordinaire héritage culturel de Sumer et de Babylone ». (Bottero, J. (2001), Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 66)

4.   « Dans le cas de la Bible, ou même de ses livres pris séparément, beaucoup d’éléments tendent à montrer qu’il s’agit, non de textes écrits par une seule plume, mais de compilations dans lesquelles s’enchevêtrent plusieurs styles, plusieurs époques et assurément plusieurs auteurs...On peut...lire en Genèse 7 :17 : « il y eut le déluge pendant quarante jours sur la terre; les eaux grossirent et soulevèrent l’arche, qui fut élevée au-dessus de la terre ». Puis plus loin, en Genèse 7 :24 : « La crue des eaux sur la terre dura cent cinquante jours ». De même peut-on lire dans la Genèse 8:7 : « Et il lâcha le corbeau, qui alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre. » Puis, juste après, en Genèse 8:8 : « Alors il lâcha d’auprès de lui la colombe pour voir si les eaux avaient diminué à la surface du sol ». Ces répétitions et ces conflits internes au texte ont été remarqués dès le XIXè siècle, et dans de nombreux passages du Pentateuque ». (Descamps, P. (2002), Le Déluge, La science face au mythe biblique, Les Cahiers Science et Vie, no 72, p. 10, les italiques sont de l’auteur)

5.   « Les vieux Mésopotamiens n’ont jamais accédé à la pensée abstraite : comme bien d’autres peuples anciens, voire modernes, et à la différence de nos propres habitudes, ils n’ont jamais dissocié leur idéologie et leur imagination... Le mythe, expression favorite d’une telle pensée spéculative, était précisément ce qui leur permettait de matérialiser leurs conceptions, de les couler dans des images, des scènes, des enchaînements d’aventures, créés par leur imagination, mais pour répondre à quelque interrogation, pour éclairer quelque problème, pour enseigner quelque théorie - comme les fabulistes construisent leurs historiettes pour inculquer une moralité ». (Bottero, J. (2001), Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 70)

6.   « Depuis deux siècles, il se trouve que nous avons découvert, et en particulier dans le Proche-Orient, non seulement des civilisations beaucoup plus archaïques et des livres remontant eux aussi bien plus haut, mais même des récits des origines de l’Homme et du Monde. Par là, au moins, la Bible a perdu son caractère et son autorité exceptionnels. Non seulement la preuve a été faite qu’elle a emprunté à cette littérature plus ancienne un certain nombre de données, en les adaptant à sa propre vision religieuse, mais nous avons maintenant compris, que parmi ces emprunts, figuraient des récits proprement mythologiques, c’est-à-dire imaginairement construits en vue de donner des réponses plausibles aux questions majeures que nous nous posons. Du coup, « l’autorité » et la « véracité » de la Bible, au moins dans ces matières, se sont trouvées entamées. Et elle n’est plus légitimement considérée comme un livre majeur, au-dessus des autres, mais « comme les autres », c’est-à-dire un livre produit par des hommes et reflétant d’abord des pensées humaines...Seuls les croyants peuvent prendre ses paroles comme divines et inaltérables. Les autres voient en elles un ensemble d’écrits qui, s’ils parlent de Dieu, même fort bien, ne sont pas de Lui, mais des hommes qui les ont composés et pensés, et doivent être lus et entendus comme tout ce qui relève des hommes ». (Bottéro, J. (2001), Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 12)

7.   « Au milieu du IIIème siècle avant notre ère, la communauté juive d’Alexandrie traduit la Torah en grec. Ensuite rejetée par le judaïsme rabbinique, cette traduction devient une référence dans le monde chrétien ». (Paul, A. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, p. Novembre-Décembre 2008, , p. 34)

8.   « Dans le cadre de la cité grecque, la Torah ainsi traduite permettait aux Juifs de disposer d’une constitution accessible à chaque citoyen. Moyen d’identification pour soi, le Juif, elle devenait un facteur de reconnaissance par l’autre, le Grec. Et elle allait se présenter, pour la première fois, comme un monument littéraire ou culturel véritable, à l’instar de ceux dont les Grecs se glorifiaient. Elle devenait l’instrument de promotion du peuple juif ». (Paul, A. (1997-1998), Les Secrets de la Bible, Sciences et Avenir, Hors-Série no 113, p. 18 et 19)

9.   « La Septante (la Torah en grec est appelée ainsi) n’est pas une traduction dans le sens moderne du terme. Certes, on y demeure plus proche de l’original hébraïque dans le traitement des livres de la Loi, eu égard sans doute à la contrainte légale du document. Ce qui n’empêche pas les aménagements de sens, nombreux et marquants...Le fait s’accentue amplement pour les livres prophétiques, traduits en un second temps, avec cette fois des arrangements quantitatifs parfois de taille ». (Paul, A. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, p. Novembre-Décembre 2008, , p. 35)
 

Texte hébreu

Texte grec

Il (Dieu) exalte ceux qui sont abaissés et les affligés qui retrouvent le bonheur (Jb 5, 11)

(Le Seigneur) qui exalte les humbles et ressuscite les morts.

Si l’homme, une fois mort, pouvait revivre, tous les jours de mon service j’espérerais jusqu’à ce que vienne ma relève. (Jb 14,14)

Car si l’homme meurt, il vivra, ayant accompli les jours de sa vie. J’attendrai jusqu’à ce que je vive de nouveau.

Job mourut vieux et rassasié de jours (Jb 42, 17, fin du livre)

Et Job mourut vieux et rempli de jours. Il est écrit qu’il ressuscita de nouveau avec ceux que le Seigneur ressuscite

 

10.                  « La traduction de la Loi n’est pas seulement un acte fondateur pour la Bible, la chose et même le nom. C’est une première dans l’histoire de la culture : la langue grecque, idiome universel, est censée être intraduisible. Il n’y a donc pas de vocabulaire de la traduction chez les Grecs. On le doit aux penseurs, philosophes et exégètes juifs d’Alexandrie. Ces derniers n’inventent pas de mots nouveaux, mais déplacent le sens de termes usités. Ainsi, hermênéia, « signification » ou « interprétation » signifie aussi, désormais, « traduction »(en latin, ce sera interpretatio). La doctrine classique de l’ « inspiration » des Écritures vient elle-même de là. Car on a dû garantir la dimension sacrée de la Loi devenue grecque, et démontrer pour ce faire son origine divine. On bâtit une théorie de l’inspiration des Écritures reprenant l’idée platonicienne de « possession divine » On la doit entre autres à Philon d’Alexandrie. L’oeuvre littéraire et doctrinale de ce dernier, éminent philosophe et commentateur de la Loi contemporaine de Jésus, est reprise et sauvée par les chrétiens, qui ne cessent de développer la doctrine de l’ « inspiration ». (Paul, A. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, p. Novembre-Décembre 2008, , p. 35, les italiques sont de l’auteur)

11.« Rien ne démontre que la Bible soit un texte inspiré, qui recèle plus de secrets que tout autre ». (Néron de Surgy, O. (1997-1998), Les Secrets de la Bible, Sciences et Avenir, Hors-Série no 113, p. 8)

12.                  « Juifs et chrétiens ne reconnaissent pas les mêmes textes comme faisant partie de la Bible...Le canon juif de la Bible a été fixé au début de notre ère, au « concile » de Iamnia (vers 9-100 ap. J.C.). Il ne comprend que les livres que la tradition manuscrite a conservés en hébreu au fil des siècles et qui sont regroupés dans les trois parties, la Loi. les Prophètes, les Écrits. Outre ces livres, le canon chrétien, fixé progressivement entre le IIè et le IVè siècle ap. J.C., a admis comme faisant partie de l’ « Ancien Testament », par opposition au « Nouveau Testament », des suppléments ou des livres qui n’étaient connus que par la Septante, c’est-à-dire en grec, même si l’on sait que certains ont eu un original hébreu ou araméen, parfois en partie retrouvé ». (Briquel-Chatonnet, F. (2001), Les Collections de l’Histoire, Vérité et Légendes, no. 13, p. 14)

13.                  « La Bible hébraïque, ou l’Ancien Testament des chrétiens, se compose de trois grandes parties : la Torah ou Pentateuque (ce nom désigne les cinq livres qui y sont regroupés), les Prophètes et les Écrits. Pour les Juifs, ces trois parties n’ont pas la même valeur : le judaïsme trouve son fondement et son identité dans la Torah, véritable cœur de la Bible hébraïque...Le christianisme adopte, selon ses confessions, deux Anciens Testaments différents. Le catholicisme se base sur la traduction grecque de la Bible juive, la Septante, y inclue un certain nombre de livres dits « deutérocanoniques » (Maccabées, Siracide, etc.) qui organise le texte en quatre parties : le Pentateuque, les livres historiques, les Écrits et les Prophètes. Le protestantisme ne retient que les livres de la Bible hébraïque, mais organise l’Ancien Testament également en quatre parties, comme le catholicisme. La tradition oecuménique de la Bible reprend la tripartition du judaïsme ». (Römer, T. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, Novembre-Décembre 2008, p. 27)

14.                  « Au temps de Jésus et pour quelques décennies encore, il n’y a pas de recueils constitués de livres saints, ni de listes ou catalogues. Circulent seulement ces appellations génériques : « la Loi » (de Moïse) ou « livre de Moïse », « les livres des Prophètes » ou « les Prophètes ». On dit aussi : « la Loi et les Prophètes »...De Bible, il n’y en a point, ni la chose ni le mot ». (Paul, A. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, p. Novembre-Décembre 2008, , p. 45)

15.                  « L’évolutionnisme du XIXème siècle... suivait de près le schéma historiographique qui structure le récit biblique : le polythéisme aurait été premier, puis serait venu le culte d’un dieu, national ou autre, à l’exclusion des autres, et enfin la confession d’un Dieu unique, transcendant et créateur... Les choses ne sont pas aussi simples...Le schéma historiographique consacré par la collection canonique des livres saints n’est objectivement qu’un produit littéraire a posteriori, ses règles étant celles de la foi et non pas de l’histoire. Il ne saurait donc être pris en compte comme base d’une reconstitution historique de l’évolution des croyances religieuses. D’ailleurs, dans l’histoire de la culture judaïque, les premiers témoins formels et raisonnés du monothéisme ne sont pas bibliques. Ce sont, dans l’Alexandrie hellénique du 1er siècle av. J.C., la Lettre d’Aristée et le philosophe Philon. Les deux prétendent leur Dieu comme monos, « un seul », et ils argumentent ». (Paul, A. (2014), Le Monde de la Bible, Éditions Bayard, no 207, Décembre/ Janvier/ Février 2014, p. 35. L’italique est de l’auteur)

16.                  « L’idée que tous les récits de la Bible seraient l’exact reflet d’une réalité historique doit être nuancée. Quiconque se lance dans une lecture suivie des livres bibliques en prend conscience dès les premières pages du livre de la Genèse, lorsqu’il découvre deux récits différents de la création de l’homme, deux versions du déluge...Et que dire de Moïse, le rédacteur du Pentateuque, alors que celui-ci s’achève par le récit de sa mort? » (Villeneuve, E. (2014) Le Monde de la Bible, Éditions Bayard, Numéro 207, Décembre/ Janvier/ Février 2014, p. 26)

17.                  « L’errance des patriarches, la sortie d’Égypte ou la réception de la Loi multiplient aussi les répétitions. Non pas que l’histoire bégaie : chacune des versions présente en fait des caractéristiques spécifiques. Certains passages utilisent le tétragramme YHWH (Yahvé) et s’attardent plutôt sur le sort de la tribu de Juda. D’autres nomment Dieu Elohim, ou El, et s’intéressent plus aux tribus « nordistes », en particulier celles d’Ephraïm, de Manassé et de Benjamin. Signatures manifestes de sources distinctes, correspondant à des époques et à des traditions différentes...Bref, les cinq livres du Pentateuque se présentent comme un patchwork littéraire où s’entremêlent des sources et des influences multiples » . (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 37)

18.                  « On ne veut pas voir que la Bible puise dans un immense réservoir d’histoires remodelées à plaisir. La vérité rabbinique ne correspond pas à une vérité historique » . (Finkelstein, I. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, , Numéro 95, Octobre 2006, p. 40)

19.                  « Même si certains ont encore du mal à l’admettre, il faut définitivement renoncer à la quête illusoire d’un Abraham historique...Au cours du dernier demi-siècle, ces espoirs ont été définitivement déçus, au fur et à mesure que progressaient en revanche les recherches permettant de mieux interpréter et comprendre le récit biblique et son contexte...Il existe désormais un consensus pour affirmer que c’est pendant l’exil à Babylone (587-538 av. J.C.) qu’ont commencé à être fixés les récits d’Abraham et le don de la Terre promise (le peuple d’Israël à ce moment-là, ne possédait plus de terre), mais aussi les récits sur Moïse. La mention de l’origine « chaldéenne » d’Abraham (Genèse 11,31) est un indice du caractère tardif de la fixation de ce récit, car les Chaldéens ne sont pas historiquement attestés avant le IX ème siècle av. J.C... Dès lors, le lien entre Abraham et la ville « d’Ur » des Chaldéens serait une élaboration des exilés judéens au moment de rentrer chez eux. En créant le mythe d’une migration légendaire depuis Ur jusqu’en Canaan, en passant par la Syrie du Nord, sans doute cherchaient-ils à s’assurer une légitimité, d’autant plus nécessaire pour eux que ceux restés au pays, prétendaient être les seuls à pouvoir se réclamer de la descendance d’Abraham, en excluant les exilés (Ézéchiel 33,24). Il convenait donc de ne pas se laisser rejeter et de revendiquer aussi Abraham comme ancêtre ». (Lafond, B. (2014) Le Monde de la Bible, Éditions Bayard, Numéro 207, Décembre/ Janvier/ Février 2014, p. 32)

20.                 « Le récit de Genèse 22 semble présenter un Dieu violent qui demanderait à Abraham le sacrifice de son fils...Dans le cadre de l’immense crise religieuse et idéologique engendrée par la domination babylonienne, sur fonds d’interrogations quant aux promesse divines (terre, Temple, roi) qui semblent désormais perdues, l’épreuve d’Abraham sert de paradigme pour maintenir l’espérance d’un peuple privé de son identité et de son avenir ». (Ramond, S. (2014) Le Monde de la Bible, Éditions Bayard, Numéro 207, Décembre/ Janvier/ Février 2014, p. 34)

21.                  « La vie de Moïse relatée dans le Pentateuque n’est pas un récit historique, mais le résultat de la mise en commun de plusieurs interprétations du fondateur du peuple de Yahvé. Le lecteur attentif se rend compte que cette histoire n’a pas été écrite d’un seul trait. Ainsi il est aisé d’observer que le récit de sa vocation (Ex 3, 1 -4,18) a été inséré après coup entre Ex 2, 23 et 4, 19...Il convient donc de distinguer plusieurs étapes dans la construction de la « vie de Moïse ». À quel moment peut-on alors situer sa première édition?...l’histoire de Moïse été mise par écrit pour la première fois durant les VIIIè ou VIIè siècles, c’est-à-dire l’époque de la domination assyrienne ». (Römer, T. (2004), , Moïse, l’histoire et la légende, Le Monde de la Bible, no 156, p. 18)

22.                 « Rappelons que le textes qui évoquent Moïse sont tardifs : aucun ne remonte à l’époque supposée de son existence. Au contraire, les documents des XIVè - XIIIè siècles avant notre ère - époque à laquelle on pourrait situer Moïse, si on se fiait à la chronologie fournie par la Bible - montrent que l’Égypte dominait toute la région de Canaan, où elle entretenait des garnisons. Fuir l’Égypte et Pharaon pour se réfugier en Canaan n’avait donc pas de sens. Et l’on sait que le monothéisme n’est apparu dans le vie religieuse d’Israël que bien plus tard, à la suite d’une longue réflexion théologique. Le récit de la vie de Moïse n’appartient pas au genre historique...Les récits de miracles, la compétition avec les magiciens de la cour du pharaon sont des lieux communs des récits légendaires. L’errance des Hébreux qui pendant quarante ans arpentent le désert sous la direction de Moïse et contournent la terre promise, pour finalement l’aborder par l’est, reproduit la circumambulation autour du sanctuaire pratiquée dans tous les centres de pèlerinage : elle veut seulement assimiler la terre de Canaan à un sanctuaire, en fait réellement une « terre sainte ». (Bottero, J. (2001), Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 38)

23.                 « Le point de départ lui-même du récit, la décision de Pharaon de faire périr dans le Nil tout fils hébreu qui naîtrait n’a pas de sens dans le contexte égyptien de l’époque. « C’est absurde, insisteSydney Aufrère, parce que le Nil était divinisant. Tous ceux qui s’y noyaient en sortaient glorifiés. Celui qui a rédigé ce passage ignorait tout de la culture égyptienne ». (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 36)

24.                 « On a depuis longtemps observé que le récit de la naissance de Moïse se calque sur la légende de Sargon d’Akkad (vers la fin du troisième millénaire)...Le Deutéronome reprend la structure et le vocabulaire des traités assyriens de vassalité à l’aide desquels le roi suzerain exigeait auprès de ses vassaux une allégeance absolue. Dans le Deutéronome, c’est Moïse qui occupe cette place, et qui exhorte Israël à ne se servir que son Dieu. Il est donc facile de comprendre la construction de la première histoire de Moïse comme une réplique à la propagande assyrienne, écrite peut-être à la cour du roi Josias (vers 620) ». (Römer, T. (2004), Moïse, l’histoire et la légende, Le Monde de la Bible, no 156, Janvier-Février 2004, p. 18 et 19)

 

La légende de Moïse

La Légende de Sargon

Exode 2,1 Un homme de la tribu de Lévi alla et prit une fille de Lévi.

2,2 La femme devint enceinte et elle enfanta un fils. Elle le regarda : il était beau, et elle le cacha pendant trois mois.

Sargon, le roi puissant d’Akkad, je le suis. Ma mère était une prêtresse, mon père je ne le connaissais pas...Ma mère, la prêtresse me conçut en secret, elle m’enfanta.

Exode 2,3 Alors elle ne pouvait plus le cacher. Elle prit une caisse de papyrus qu’elle enduisit de bitume et de poix. Elle y posa l’enfant, et le plaça dans les roseaux du bord du Nil.

Elle me mit dans une corbeille de roseau avec de l’asphalte, elle ferma le couvercle. Elle me jeta dans la rivière qui ne m’engloutit pas.

Exode 2,5 La fille du Pharaon descendit pour se laver dans le Nil pendant que se servantes marchaient le long du Nil. Elle vit alors la caisse au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante qui la prit.

Le fleuve me porta et m’emmena vers Akki, le puiseur d’eau. Akki, le puiseur d’eau, me sortit comme il trempait son vase.

Exode 2.6 Elle ouvrit et vit l’enfant, un garçon qui pleurait. Elle prit pitié de lui et dit : « Celui-ci est un enfant des Hébreux. »

Exode 2.10 Il devint son fils et elle lui donna le nom de Moïse. Elle dit : « Oui, c’est des eaux que je l’ai tiré. »

Akki, le puiseur d’eau, me prit comme son fils et m’éleva. Il me plaça comme son jardinier. Durant mon jardinage, Ishtar m’aima »

 

25.                 « Pour rejoindre la Terre promise, à leur sortie d’Égypte, deux itinéraires auraient pu se présenter aux Hébreux. Longer la côte méditerranéenne ou passer par le désert. Les deux itinéraires sont pourtant peu crédibles. Le premier traversait le pays des redoutables Philistins, le second n’offrait guère plus de chance de survie aux plus faibles ». (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 47)

26.                 « Les probabilités d’un exode massif d’Israélites, contre la volonté de Pharaon, sont de toute façon quasi nulles, quelle que soit la route que ces Hébreux ont pu prendre. Il est tout à fait certain, en revanche, qu’aucun Pharaon n’a péri noyé à l’époque où ces évènements sont censés avoir eu lieu. Toutes les momies des premiers pharaons de la XIX ème dynastie ont bien été retrouvées, y compris celles de son fondateur Ramsès Ier. Aucun de ces souverains ne manque à l’appel : aucun n’est mort noyé. Les sciences historiques sont parfois cruelles avec la littérature. Certes, la Bible ne mentionne nullement la noyade de Pharaon. Elle entoure au contraire d’un habile flou artistique le sort du souverain d’Égypte. Mais aucun document historique ne fait non plus allusion à la moindre escarmouche entre l’Égypte et un hypothétique peuple hébreu. L’absence d’Israël, dans l’abondante littérature égyptienne du Nouvel Empire, et du XIIIème siècle en particulier, est assourdissante...Comment imaginer qu’une raclée magistrale, infligée à la grande puissance de l’époque par un modeste groupe de fuyards, n’ait ainsi laissé aucune trace dans l’histoire? » (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 48)

27.                 « Considérons donc ce récit comme ce qu’il semble être : une belle allégorie. Et l’ouverture des eaux comme une image romanesque, plus destinée à frapper les esprits qu’à parfaire leur culture historique. La trame, pour autant, n’est pas des plus originales. Car le thème d’un mage séparant les eaux a toujours été un grand classique de la littérature égyptienne ». (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 48)

28.                 « Comment les Égyptiens auraient-ils pu échouer face aux Hébreux quand un poignée de soldats suffisait à faire régner l’ordre en Canaan? » (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 49)

29.                 « Adultère, idolâtre et magie sont des invariants bibliques de la culture égyptienne. Mais cette Égypte-là reste une projection, une réinvention littéraire pour ne pas dire une caricature - donc éloignée de son modèle. Elle n’a aucune consistance monumentale ou géographique, bien que les allusions toponymiques soient exactes. Les rédacteurs du texte sacré ignorent ce qui fait sa spécificité sur le plan de la civilisation. lls omettent ses monuments les plus célèbres, en ne donnant pas prise aux informations contemporaines qui auraient pu être communiquées par des mercenaires judéens qui vinrent dans la vallée du Nil, à l’appel des souverains d’Égypte à partir du VIIè siècle avant notre ère... L’Égypte historique et celle de la fiction ne se recouvrent jamais et cette constatation plaide en faveur d’auteurs qui n’auraient jamais eu de ce pays qu’une vision lointaine comme inexistante ou résultant d’un vague souvenir que l’on ne consent pas à réactiver d’un regard objectif ». (Aufrère, S. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 53 et 54)

30.                 « L’histoire de Moïse accumule les invraisemblances et trahit une ignorance troublante des réalités de l’Égypte. Faut-il pour autant en être choqué? L’Exode, avant d’être un livre d’Histoire, reste un oeuvre littéraire » . (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 32)

31.                  « Crocodiles et rapides se chargent de rendre peu crédible l’image de la fille de Pharaon venant se baigner et découvrant un berceau flottant tranquillement sur le Nil ». (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 34)

32.                 « Abandonner aux eaux du fleuve, le futur chef de toute une nation? Certes, l’image est belle. Mais l’idée n’est pas nouvelle : les premiers jours de Moïse ressemblent à s’y méprendre à ceux du roi Sargon d’Akkad, un sémite qui régna vers le XXIIIème siècle avant note ère sur l’antique Mésopotamie. Une vielle légende babylonienne et assyrienne raconte, bien avant le texte biblique, comment le fondateur de la dynastie d’Akkd fut enfanté en secret. Et comment sa mère l’installa dans une corbeille de roseaux, sur les rives de l’Euphrate...Tout comme la mère de Moïse, c’est avec du bitume qu’elle le calfata le berceau. Quoi de plus normal, dans cette Mésopotamie où le pétrole affleure souvent le sol? Hélas pour le narrateur biblique, c’est déjà plus surprenant en Égypte, qui n’a jamais suinté d’une telle substance. Une fausse note, qui donne au récit de la prime enfance de Moïse comme un air trop évident de « copié-collé » venu de Babylone. Le narrateur accorde malgré tout le cadre : la corbeille de roseaux devient une arche de papyrus, de meilleur aloi au bord du Nil. Mais les coutures du récit sont trop apparentes... ». (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 34)

33.                 « Noyer quelqu’un dans le Nil, c’est le glorifier. Pharaon n’aurait donc jamais ordonné de faire périr de cette façon les enfants des Hébreux ». (Monnier, E. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 35)

34.                 « On sait que pendant des siècles, des tribus sémites sont venues jusqu’aux frontières de l’Égypte et se sont notamment installées dans le delta du Nil. Les affrontements n’ont pas manqué entre les troupes de Pharaon et ces populations difficilement contrôlables. L’un de ces incidents a-t-il concerné un groupe dont les descendants ont plus tard appartenu au royaume d’Israël ou de Juda? Y-a-t-il eu un Moïse? C’est possible, mais ce n’est pas la Bible qui peut permettre de l’affirmer ». (Bottero, J. (2001), Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 38)

35.                 « À l’exception des vestiges de forteresses égyptiennes le long de la côte nord, aucune trace de campement, aucun signe d’occupation, datant de Ramsès II, ou de ses prédécesseurs, ou de ses successeurs immédiats, n’ont été retrouvés nulle part dans le Sinaï. Et ce n’est pas faute de les avoir cherchés ». (Finkelstein, I. (2003), Enquête, La Bible face aux archéologues, Les Cahiers Science et Vie, no 75, p. 29)

36.                 « À la lumière des texte mésopotamiens, le « Décalogue (ou encore les « Tables de la Loi ») peut être compris, non comme un catalogue de prescriptions morales, mais comme un véritable traité d’alliance que Dieu propose à son peule de conclure au Sinaï. Le modèle en est les traités mésopotamiens, remontant pour certains au XVIIème siècle avant notre ère (Mari, Tell Leilan), d’autres aux XIV è et XIIIè avant notre ère (entre les Hittites d’Anatolie et leurs vassaux de Syrie), d’autres de l’époque néo-assyrienne (VIIème siècle avant notre ère). La comparaison entre les textes bibliques (Exode 19 - 24 et Deutéronome 1 - 29 ) et ces traités permet de comprendre leur structure bipartite, qui débute par un prologue historique et s’achève par des malédictions : les « commandements » sont en fait les clauses de l’alliance, qui forment le coeur du texte. De fait, la conclusion d’un traité d’alliance était chose courante dans le Proche-Orient du IIIè au Ier millénaire. La nouveauté biblique est d’avoir transposé entre Dieu et son peuple ce type de relations jusqu’alors réservée aux rois. » (Charpin, D. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, Novembre-décembre 2008, p. 38)

37.                 « Le chiffre donné par la Bible, 600,000 hommes plus leurs familles, c’est-à-dire en tout deux millions d’individus environ, est d’une totale invraisemblance. Du strict point de vue de l’histoire de l’Égypte ancienne, l’aventure de Moïse, la fuite des Hébreux, c’est un non-évènement ». (Yoyotte, J. (2001 Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 81)

38.                 « Ainsi le monde traditionnel égyptien décrit par la Bible est-il reconstitué à l’aide de clichés nourris de divers intertextes qui traduisent une approche méfiante autant que distante. Le Moïse du Pentateuque, qui illustre le héros construit de toutes pièces à l’aide de stéréotypes non seulement égyptiens, mais mésopotamiens, éclôt au milieu d’une Égypte irréelle de convention,produit par d’un imaginaire figé remontant à des temps plus anciens et détachés du concret ». (Aufrère, S. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 54)

39.                 « Rendons-nous à l’évidence. Le Moïse de l’histoire nous échappe. Des spéculations de toutes sortes demeurent bien entendu possibles, mais on aurait tort de leur donner plus d’importance qu’au Moïse des textes bibliques. C’est ce dernier qui est à l’origine du judaïsme, non le Moïse de l’histoire ». (Römer, T. (2004), Moïse, l’histoire et la légende, Le Monde de la Bible, no 156, Janvier-Février 2004, p. 20)

40.                 « Ainsi, le récit de l’Exode, s’il a intégré quelques lointains échos de faits réels, comme l’histoire des Hyksos, n’a pas tant pour fonction de rappeler des évènements historiques que de construire, dans un cadre vraisemblable, le mythe fondateur de l’histoire d’Israël » . (Finkelstein, I. (2003), Enquête, La Bible face aux archéologues, Les Cahiers Science et Vie, , no 75, p. 29)

41.                  « Du point de vue égyptien, l’exode n’a été sans doute qu’un banal incident de frontière ». (Bordreuil, P. et Briquel-Chatonnet, F. (2006), Moïse en Égypte, Les Cahiers Science et Vie, no 95, p. 48)

42.                 « La plupart des historiens prennent le texte biblique de la conquête de Canaan comme une pieuse légende et pour une relecture théologique des origines d’Israël...Ramsès II n’était pas du genre à se tourner les pouces! Pas du genre non plus à laisser la province pillée par une horde de gueux échappée du Nil... N’oublions pas que pour rester le maitre de cette région stratégique, il est parti affronter les Hittites à Qadesh! D’ailleurs ce simple fait remet en cause la vision traditionnelle de l’Exode. En effet, comment expliquer que des gens qui fuient l’Égypte aillent se réfugier dans une contrée soumise aux Égyptiens? À moins de vouloir se jeter dans la gueule du loup! Les quatre cents tablettes découvertes à Tell el-Armana montrent que Canaan était étroitement contrôlée par des représentants de l’administration pharaonique. Des garnisons égyptiennes étaient installées dans toutes les villes stratégiques du pays, comme à Beth-Shéan ou à Jaffa par exemple. Il est donc surprenant de ne trouver aucune trace dans la Bible du pouvoir égyptien en Canaan au moment de la conquête. Ces cités sont, d’après la Bible, puissamment fortifiées. Or, les fouilles archéologiques révèlent le contraire! ... L’invasion et la destruction des villes cananéennes est devenue une promenade de santé. En contradiction totale avec le texte biblique... Les victoires de Josué n’ont eu lieu que sur papier ». (Lebeau, R. (2009), Histoire Antique, volume 41, Janvier-Février 2009, p. 75 et 76)

43.                 « Le livre de Josué raconte la conquête et le partage de Canaan. Il décrit la prise de villes, Jéricho (6) et Aïe (7-8), et résume la « guerre éclair » menée contre le sud (10), puis la conquête de Haçor au nord, (11,10-15). Il a longtemps été admis que les récits de Josué gardaient le souvenir de l’installation d’Israël en Canaan : il y aurait eu une véritable conquête en 1200 av. J.C. Mais les fouilles archéologiques ont démontré que Jéricho n’avait plus de remparts à l’époque où le récit biblique situe l’arrivée des tribus israélites conduites par Josué en Canaan. Le même constat vaut pour la ville d’Aïe, dont le nom signifie en hébreu « ruines ». En outre, aucun indice archéologique n’atteste une invasion de la terre de Canaan qui aurait conduit à des changements culturels importants, par exemple dans le type de céramique produit. La perspective d’une guerre-éclair et de batailles toujours remportées semble davantage relever du genre littéraire épique du livre ». (Ramond, S. (2014), Le Monde de la Bible, Éditions Bayard, no 207, p. 43)

44.                 « L’idée que David ait pu composer les psaumes semble provenir de la Bible elle-même. La tradition biblique nomme en effet les « livres de David » (2 Marc 2,13) ou cite des psaumes en les lui attribuant (Marc 12,36-37; Matthieu 22, 43-45; Luc 20, 42-44; Actes 1, 16 et 2, 53-54; Romains 11, 9; Hébreux 4, 7). Dans le psautier de la Bible hébraïque, soixante-treize psaumes portent un titre avec la mention « de David », auxquels la Bible grecque ajoute douze pièces...En réalité, les psaumes sont d’origine inconnue. Les en-têtes qui coiffent nombre d’entre eux sont probablement l’oeuvre d’un éditeur tardif et l’attribution « de David » renvoie sans doute à un ensemble littéraire; elle n’implique pas l’idée moderne d’auteur. L’annotation en Psaume 72,20 ( « fin des prières de David, fils de Jessé ») suggère elle aussi l’existence d’une collection ancienne, d’un recueil préexistant à la constitution du psautier. Que la tradition psalmique soit liée à la figure de David tient sans doute à l’historiographie deutéronomiste et à l’image qu’elle construit de ce personnage : il est présenté comme poète et musicien (cf Samuel 1, 17 et 6), d’une profonde piété ». (Ramond, S. (2014), Le Monde de la Bible,Éditions Bayard, no 207, p. 44)

45.                 « La reine de Saba aurait-elle rejoint les mille épouses étrangères dont la Bible crédite le fils de David (Salomon)? ... Avouons-le, le récit biblique, tout nimbé de merveilleux, n’a aucune vraisemblance historique ». (Villeneuve, E. (2014) Le Monde de la Bible, Éditions Bayard, Numéro 207, Décembre/ Janvier/ Février 2014, p. 45)

46.                 « Pendant longtemps, les prophètes bibliques sont tenus pour uniques : l’idée qu’une comparaison soit possible avec de vagues devins du monde polythéiste de la Mésopotamie heurte bien des esprits. Il faut d’abord donner quelques définitions pour écarter certaines ambiguïtés. Un prophète n’est pas avant tout quelqu’un qui prédit l’avenir : c’est le « porte-parole » d’une divinité. Il s’agit d’une personne qui a une expérience cognitive : de nature visuelle ( « vision »), auditive ( « voix ») ou mixte ( « apparition »), en état d’éveil ou lors d’un rêve. Le prophète, dépositaire de cette révélation, doit la transmettre au destinataire du message divin : une personne (notamment le roi ) ou un groupe. Cette transmission peut se faire sous forme verbale ( « prophétie » ou « discours prophétique »), qu’elle soit directe, (par oral) ou indirecte (mise par écrit). Elle peut aussi donner lieu à une communication non-verbale ( « actes symboliques »). Seules deux périodes très courtes fournissent l’essentiel des attestations de prophètes en Mésopotamie - même s’il existe par ailleurs des attestations plus fugaces de prophètes dans la seconde moitié du IIè millénaire avant notre ère. La première période est celle du règne de Zimri-Lim (XVIIIesiècle avant notre ère). Les prophètes vont parfois directement trouver le roi de Mari de la part d’un dieu. En l’absence du monarque, ils s’adressent à un responsable qui retranscrit leurs propos dans un lettre au souverain...En dehors des prophètes « professionnels », de simples particuliers, hommes ou femmes, peuvent recevoir des messages divins sous formes de rêves...Le deuxième date des rois assyriens Asarhaddon(680-669 avant notre ère) et Assurbanipal (668-627 avant notre ère)...En temps de crise, intérieure ou extérieure, ils assurent le roi de l’appui des dieux, notamment de la déesse Ishtar. Ainsi la spécificité de la Bible réside davantage dans le processus qui a conduit à la constitution des livres prophétiques après la destruction de Jérusalem en 587, que dans le prophétisme en tant que phénomène religieux ». (Charpin, D. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, Novembre-décembre 2008, p. 38 et 39)

47.                 « L’étymologie du mot « prophète » pourrait laisser croire qu’il est celui qui prédit l’avenir. Ce terme d’origine grecque est en effet composé de préposition pro et du verbe phèmi, qui signifie « dire ». Toutefois, la préposition n’est pas nécessairement à entendre en un sens temporel. Elle peut être comprise dans un sens spatial ( « devant ») ou de substitution ( « au nom de ») : le prophète est alors le messager que Dieu envoie au peuple pour parler en son nom. C’est ce que souligne, dans les livres prophétiques, un certain nombre de formules rédactionnelles : « Paroles de Yavhé », « Ainsi parle Yavhé. » Le prophétisme n’est pas un phénomène propre à Israël comme en témoignent les lettres retrouvées dans le palais de Mari, du XVIIème siècle av. J.C., et celles du palais de Ninive, du VIIème siècle av. J. C. Dans ces littératures épistolaires apparaît l’idée de possession d’une personne par la divinité. Le prophète y est l’interprète des dieux auprès du roi...En hébreu, le terme nabi, que la Bible grecque traduit par prophétès, évoque plutôt l’idée d’un homme appelé, envoyé de Dieu. Si en Israël, les prophètes ont pu être sollicités à la manière d’oracles, ils ont aussi assumé le rôle d’instance critique auprès du roi ou de l’autorité politique de leur époque. Ils interviennent sur des questions sociales, politiques ou cultuelles. Parfois appelé « voyant », ils visent à donner une compréhension des évènements. La prophétie, en particulier comme phénomène littéraire, est le langage de l’histoire dams le sens où elle essaie de comprendre les ruptures qui rythment la trame du temps. Elle n’est pas essentiellement prédiction, mais plutôt interprétation, par mode d’explication et de pronostic, des évènements qui scandent l’histoire et qui apparaissent comme des fractures dont il faut découvrir le sens en les situant entre une séquence passée et une direction future ». (Ramond, S. (2014), Le Monde de la Bible,Éditions Bayard, no 207, p. 48)

48.                 « Les Prophètes... sont dans l’Écriture juive, divisés en prophètes antérieurs - en fait des livres relatant des évènements de l’histoire du peuple hébreu -, et en prophètes postérieurs, qui ne sont pas vraiment comme le mot français le laisse généralement entendre, des hommes prévoyant l’avenir, mais, qui, davantage, proclament une parole présentée comme parole de Dieu ». (Pérès, J.-N. (2005), La Bible, Historia, no 698, p. 39)

49.                 Quelques prophéties de l’Ancien Testament en rapport avec Jésus :

Ancien Testament

Nouveau Testament

Ésaïe 7, 6-21

06 Marchons contre le royaume de Juda, pour l’intimider, et nous le forcerons à se rendre; alors, nous lui imposerons comme roi le fils de Tabéel.

07 Ainsi parle le Seigneur Dieu : Cela ne durera pas, ne sera pas,

08 que la capitale d’Aram soit Damas, et Recine, le chef de Damas,

09 que la capitale d’Éphraïm soit Samarie, et le fils de Remalyahou, chef de Samarie. – Dans soixante-cinq ans, Éphraïm, écrasé, cessera d’être un peuple. Mais vous, si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir. « »

10 Le Seigneur parla encore ainsi au roi Acaz :

11« Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. »

12 Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »

13 Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu!

14 C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).

15 De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien.

16 Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon.

17 Le Seigneur fera venir sur toi, sur ton peuple et la maison de ton père, des jours tels qu’il n’en est pas venu depuis la séparation d’Éphraïm et de Juda.

18 Il arrivera, en ce jour-là, que le Seigneur sifflera les mouches depuis les embouchures des fleuves d’Égypte et les guêpes du pays d’Assour.

19 Elles viendront et toutes se poseront dans le fond des ravins et les fentes des rochers, sur toutes les broussailles et tous les pacages.

20 Ce jour-là, le Seigneur rasera avec un rasoir loué au-delà de l’Euphrate, – c’est le roi d’Assour –, il rasera de la tête aux pieds; il coupera même la barbe.

Matthieu 1, 18-24

1.18 Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à

1.19Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble.

Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle.

1.20Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint Esprit;

1.21elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

1.22 Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète :

1.23 Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.

 

Exode 12, 46

L’Éternel dit à Moïse et à Aaron : Voici une ordonnance au sujet de la Pâque : Aucun étranger n’en mangera.

12:44 Tu circonciras tout esclave acquis à prix d’argent; alors il en mangera.

12:45 L’habitant et le mercenaire n’en mangeront point.

12:46 On ne la mangera que dans la maison; vous n’emporterez point de chair hors de la maison, et vous ne briserez aucun os.

12:47 Toute l’assemblée d’Israël fera la Pâque.

12:48 Si un étranger en séjour chez toi veut faire la Pâque de l’Éternel, tout mâle de sa maison devra être circoncis; alors il s’approchera pour la faire, et il sera comme l’indigène; mais aucun incirconcis n’en mangera.

12:49 La même loi existera pour l’indigène comme pour l’étranger en séjour au milieu de vous.

12:50 Tous les enfants d’Israël firent ce que l’Éternel avait ordonné à Moïse et à Aaron; ils firent ainsi.

12:51 Et ce même jour l’Éternel fit sortir du pays d’Égypte les enfants d’Israël, selon leurs armées.

S’étant approché de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes (Jean, 19.33) (le caractère gras est de nous)

 

Ésaïe 11. 1-5 

01 Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines.

02 Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur

03 – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence; il ne se prononcera pas sur des rumeurs.

04 Il jugera les petits avec justice; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant.

05 La justice est la ceinture de ses hanches; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Luc 3. 23, 32

Jésus, à ses débuts avait environ trente ans. Il était fils, croyait-on, de Joseph, fils d’Héli,

3:24 fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Jannaï, fils de Joseph,

3:25

fils de Mattathias, fils d’Amos, fils de Nahum, fils d’Esli, fils de Naggaï,

3:26 fils de Maath, fils de Mattathias, fils de Sémeï, fils de Josech, fils de Joda,

3:27 fils de Joanan, fils de Rhésa, fils de Zorobabel, fils de Salathiel, fils de Néri,

3:28 fils de Melchi, fils d’Addi, fils de Kosam, fils d’Elmadam, fils D’Er,

3:29 fils de Jésus, fils d’Éliézer, fils de Jorim, fils de Matthat, fils de Lévi,

3:30 fils de Siméon, fils de Juda, fils de Joseph, fils de Jonam, fils d’Éliakim,

3:31 fils de Méléa, fils de Menna, fils de Mattatha, fils de Nathan, fils de David,

3:32 fils de Jessé, fils de Jobed, fils de Booz, fils de Salmon, fils de Naasson,

«De même que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme...Mt, 12,40)

(Osée, 6, 1-2) «Venez ! Retournons vers Yahvé(...) . Il a frappé; il bandera nos plaies; après deux jours, il nous rendra la vie; le troisième jour, il nous relèvera»

Tertullien croit y découvrir ici une prophétie concernant Jésus. (in L’affaire Jésus, Henri Guillemin, Éditions du Seuil, Paris, 1982, p. 36)

Voici le texte sur lequel s’appuie sans hésitation Paul lorsqu’il écrit en 1 Cor. 15,4 : le Christ «est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures».

 

50.                 « Loin de la grandeur chantée par la Bible - faute de preuves archéologiques - la Jérusalem des époques de David, Salomon et Roboam n’aurait été rien de plus qu’un modeste village de montagne ». (les italiques sont du texte reproduit, Patricia Chairopoulos, P. (2003), Enquête La Bible face aux archéologues, Les Cahiers Science et Vie, no 75, p. 67)

51.                  « L’archéologie ne prouve pas la moindre preuve de l’existence d’une Jérusalem splendide à l’époque des rois David et Salomon (Xème siècle avant notre ère). À cette époque, ce devait être un village. Et il n’y avait pas non plus de royaume unifié, s’étendant sur de larges territoires ». (Israël, I. (2008), Qui a écrit la Bible?, Le Monde des Religions, Novembre-décembre 2008, p. 31)

52.                 « On peut légitimement s’interroger sur l’acharnement des auteurs bibliques à déformer, voire même à inverser la réalité. Pourquoi « mettre dans le même panier » tous les rois d’Israël? Et pourquoi décrire deux États jumeaux issus d’une monarchie unifiée? Les données historiques sont pourtant formelles : dès le début, par nature, Israël et Judas ne se sont jamais rassemblés. Cet acharnement trouve son explication a posteriori, après le grand bouleversement des équilibres internationaux du IXè siècle qui voit la conquête et la destruction du royaume du Nord par les Assyriens et l’exil de ses populations. Le fait que Juda se retrouve seul au milieu de peuples non israélites le pousse à écrire un document qui le définit et le motive. C’est la Bible dont ce noyau historique va être compilé à Jérusalem au cours du VIIè siècle avant J.C. Désormais seule terre des Israélites, Juda tente de se constituer un passé glorieux... Fondé sur un âge d’or ce dernier aurait été réduit à néant par la faute même du roi Salomon, lorsque son cœur se détourna « vers d’autres dieux et ne fut plus tout entier à Yahvé son Dieu comme avait été celui de son père David ». (Patricia Chairopoulos, P. (2003), Enquête La Bible face aux archéologues Les Cahiers Science et Vie, no 75, p. 68)

53.                 « Si l’on a tant soit peu le sens de l’Histoire, qui nous fait avant tout entendre ce qu’on nous en raconte en nous mettant dans la peau des narrateurs, il ne sera guère difficile de comprendre et d’admettre que la « Terre promise » et le « peuple choisi », ce n’étaient pas forgerie, mais un acte de foi : ce n’était pas un désir de tromper, mais seulement de faire partager un beau rêve ». (Bottéro, J. (2001), Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 41)

54.                 « Les règles du culte, nombreuses et anciennes, reçurent la forme de documents fondateurs d’une société préservée, que les prêtres continuaient de réguler. Les récits légendaires des origines et les faits antiques de l’histoire d’Israël furent valorisés et enrichis. On les assortit de synthèses ou reprises généalogiques...La croyance dans la révélation divine garantissait la valeur immortelle et la portée indéfectible des prescriptions rituelles. Cet ensemble à double face, l’une narrative et l’autre légale, avait une fonction irremplaçable pour ce peuple captif. Aux yeux des Perses, les Juifs possédaient de la sorte l’équivalent d’une constitution ». (Paul, A. (1997-1998), Les Secrets de la Bible, Sciences et Avenir, Hors-Série no 113, p. 16)

55.                 « Dans le contexte de la domination perse, les habitants de la Judée sont en effet confrontés à un défi nouveau. Le royaume de Juda a disparu, presque un siècle et demi après celui d’Israël, et tout espoir de le restaurer s’est évanoui. Exilés revenus de Babylonie et Judéens restés au pays sont les sujets du roi de Perse. lls sont placés sous l’autorité d’un satrape, un gouverneur, dans un ensemble qui comprend toute la Syrie et tout le Levant. Ils ne forment plus un peuple, au sens politique du mot, c’est-à-dire les sujets d’un même roi. Or, en Orient, il n’existait pas de peuple ou de nation qui ne se définissait dans un cadre politique. Sous peine de se fondre dans la masse des sujets de l’immense Empire perse, les Judéens devaient trouver une nouvelle forme d’identité, définir en quoi ils formaient toujours un peuple, une nation, se donner de nouveaux critères d’unité à travers un patrimoine intellectuel et religieux commun. Tel a été l’enjeu de la rédaction de la Bible. Les intellectuels judéens qui l’ont composée entre le VIè siècle et le IIIè siècle av. J.-C. sont les créateurs de cette nouvelle identité. Celle-ci se fondait sur une origine ethnique commune, celle des descendants de Jacob, sur une histoire commune, celle du peuple d’Israël, à travers ses diverses errances et dans la Terre promise. Elle s’appuyait sur une loi commune, l’ensemble des prescriptions religieuses contenues dans la Torah dont le respect signalait l’appartenance à la communauté d’Israël, sur une foi commune enfin en un Dieu unique, considéré comme le véritable roi d’Israël ». (Briquel-Chatonnet, F. (2001), Les Collections de l’Histoire, Vérité et Légendes, no. 13, p.)

56.                 « Au peuple d’Israël, la Bible donne une histoire commune... Ce récit historique veut affirmer plusieurs faits importants. ... D’abord, il sous-entend que le peuple tout entier a été concerné par chaque épisode de cette histoire, donc qu’il s’agit d’une histoire commune, même si certains membres n’étaient pas réellement présents. Il montre également qu’Israël, comme peuple, a existé et vécu avant l’instauration de la royauté, et qu’il peut donc survivre à la disparition de cette institution. De plus, il est orienté vers la possession de la terre de Canaan, d’où le peuple n’est pas originaire, mais que Dieu lui a donné deux fois, lors de la migration d’Abraham, puis lors de l’Exode. Le texte biblique affirme ainsi la légitimité des revendications de ceux qui sont revenus de l’exil à Babylone sur les terres de Judée. Enfin, il est construit selon un schéma indéfiniment renouvelé : le peuple se montre infidèle à Dieu qui lui envoie un oppresseur; dans l’épreuve, le peuple revient à Dieu qui lui pardonne et suscite un sauveur. Ce schéma, qui donne son unité à toute l’histoire, trouve son sommet avec l’infidélité des derniers rois de Juda et la catastrophe finale de l’exil à Babylone. S’étant tourné à nouveau vers Dieu, le peuple peut revenir à Jérusalem et reconstruire le Temple. Le cycle s’achève là, avec la restauration du culte quotidien qui suffit désormais à renouveler l’alliance entre Dieu et son peuple. Pour les rédacteurs de la Bible, on atteint alors la fin de l’histoire ». (Briquel-Chatonnet, F. (2001), Les Collections de l’Histoire, Vérité et Légendes, no. 13, p. 13)

57.                 « Beaucoup d’exégètes proposent de situer l’élaboration des traditions fondatrices aux alentours de l’Exil (587-538 av. J.C. ). Il fallu trouver une réponse aux problèmes humains et théologiques posés par la destruction du Temple de Jérusalem, l’occupation du pays par un pouvoir politique étranger, la dispersion au milieu des nations. Le Pentateuque tente de redéfinir l’identité de la communauté judéenne à ce moment charnière. Plutôt que d’être le produit d’une évolution linéaire, il résulte d’une mise en commun de tendances théologiques divergentes. Sa rédaction finale s’explique par a présence de deux groupes dominants qui furent amenés à se mettre d’accord : un ensemble de scribes, peut-être liés aux responsables de l’administration civile et aux propriétaires terriens de Judée, et différents groupes sacerdotaux attachés au Temple de Jérusalem. Document de compromis, le Pentateuque réussit ce tour de force de rassembler dans une œuvre intégrée les deux grands courants (deutéronomiste et sacerdotal) de la communauté du Second Temple ». (Guy Vanhoomissen, G. (2004), Moïse l’histoire et la légende, Le Monde de la Bible, no 156, p. 33)

58.                 « La Bible, je le répète, ne peut pas être considéré comme un document historique : c’est un texte littéraire ». (Yoyotte, J. (2001 Vérité et Légendes, la Bible,l’Histoire : les Collections, no. 13, p. 80)

59.                 « Il se trouve aujourd’hui beaucoup de gens pour penser que la tradition de pensée transmise par la Bible constitue une sagesse éternelle et insurpassable et qu’une telle sagesse se situe bien au-delà des aléas de la transmission textuelle et de la vérité historique. En effet, le message biblique nous met en face d’une vision du monde et d’une éthique de vie qui sont d’inspiration divine et qui, de ce fait, dépassent radicalement toutes les conditions historiques et culturelles qui ont pu servir d’intermédiaire ou de médium de transmission à ce message. Dans cette perspective, il devrait suffire de considérer ce message idéologique (au sens neutre du terme) comme un tout, comme une donnée synchronique aisément accessible et actualisable, et de le comprendre et l’analyser comme tel. Mais ce n’est pas ainsi que le texte biblique se présente quand on l’examine de façon critique, et ce n’est pas ainsi qu’il doit être étudié, si on espère le comprendre en respectant sa forme et son contenu réels ». (Marchand, J. (2005), L’Idéologie Biblique, Sagesses vol. 3, Montréal : Éditions Liber, p. 60)

60.                 « Au seuil de l’ère chrétienne, tout commence par un fort risque de malentendus. La foi nouvelle, inaugurée dans la personne, l’enseignement et le destin de Jésus de Nazareth, se veut d’abord l’héritière directe des Écritures. Pour cela, elle prétend donner la clé ultime, et donc exclusive, d’interprétation de ces Écritures : en venant dans le monde, en enseignant, en accomplissant miracles et prodiges, mais surtout en mourant pour les péchés de l’humanité et en ressuscitant des morts, Jésus, Fils de Dieu, accomplissait les Écritures. Autrement dit, il réalisait dans son être et dans son destin ce que le Loi et les Prophètes avaient annoncé et préfiguré. C’est ainsi que les premiers auteurs du Nouveau Testament conçurent les choses; et les évangélistes, en citant les Écritures, soit explicitement soit implicitement pour marquer chaque grand moment de la vie de Jésus, manifestaient par là leur désir de faire comprendre sa vérité, autant, sinon davantage, que leur souci d’historien scrupuleux. Confirmer les faits par le renvoi ou la référence aux Écritures valait pour eux mieux qu’une preuve critique, selon notre manière moderne de faire de l’histoire et de l’écrire. Il y avait dans cette démarche une option qui engageait la foi, ce que refusaient naturellement ceux qui ne reconnaîtraient pas en Jésus celui qui accomplissait les Écritures. Chrétiens et Juifs se diviseraient désormais : pour les premiers, Jésus de Nazareth était la clé d’interprétation des textes, tandis qu’il ne pouvait en être question pour les seconds ». (Pierre Gibert, P. (1997-1998), Les Secrets de la Bible, Sciences et Avenir, Hors-Série, Numéro 113, p. 24)

61.                  « Tout au long de ces premiers textes du christianisme primitif, on peut donc lire le souci des auteurs de montrer que Jésus est venu accomplir les Écritures juives, lesquelles ont annoncé de manière prophétique sa venue et les principaux évènements de sa vie. Les évangélistes mettent dans la bouche de Jésus lui-même des paroles qui accréditent cette thèse. Lors de son arrestation, alors qu’un de ses disciples veut passer le serviteur du grand prêtre au fil de l’épée, Jésus s’interpose : « Rengaine ton glaive (...). Car comment alors s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il doit en être ainsi? » (Matthieu, 26, 52-54) . Et, au lendemain de sa résurrection, tandis qu’il donne ses dernières instructions aux apôtres, le Galiléen précise : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes » (Luc 24, 44). Jésus semble bel et bien s’identifier au « Serviteur souffrant » annoncé par Isaïe (53), le Messie véritable, celui qui ne vient pas restaurer par sa toute-puissance un royaume terrestre, mais qui, en sacrifiant sa vie, va non seulement assurer le salut de son peuple, mais aussi celui de l’humanité entière ». (Lenoir, F. (2010), Comment Jésus est devenu Dieu? Paris : Librairie Arthème Fayard, p. 63)