Le tableau de Vermeer

 

Nous avons choisi comme source d’inspiration le tableau de Johannes Vermeer intitulé l’astronome. Quel est le sujet du tableau? La lumière? La couleur? Le silence? La science? L’astronome de Vermeer est sérieux, mais serein. Il tourne doucement le globe céleste. Une draperie veloutée recouvre une partie de la surface de la table près d’un livre d’astronomie. On entrevoit un compas et un astrolabe en partie cachés, mais illuminés par un flot de lumière entrant par la fenêtre. Que deviendrait la scène sans cette lumière? Imaginez que la fenêtre est murée. Dans ce chef-d’œuvre, nous interprétons cette lumière qui inonde l’astronome et les symboles de sa science comme une métaphore de la sensibilité qui donne chaleur et couleur à notre rapport au monde. Cette scène intimiste est pour nous une allégorie de notre lien avec l’univers. Que serait la science dans le noir ou la lumière sans savoir?

Trop d’obscurité, c’est la froideur pâle de l’autisme ou la paralysie. Trop de lumière aveugle. Apparaît alors le finalisme qui est un débordement analogue à l’amour fou. Le rejet d’un finalisme transcendant est une des composantes d’une vision basée sur l’immanence du monde. L’univers n’obéit pas aux désirs de l’homme et il est vain d’y projeter nos fantasmes en les objectivant inconsciemment. 

La religion s’interdit le doute. Elle voudrait éblouir, mais la lumière qu’elle propose risque d’aveugler. Si l’Église évolue parfois, c’est grâce à des penseurs qui dénoncent les faux savoirs au moyen de la science. La méthode scientifique repose sur l’argumentation rationnelle, l’expérimentation, la remise en question. Celle de la religion sur l’autorité et la certitude longuement entretenue par la tradition. Le dogme a préséance dans l’appréhension du réel. C’est ce qui explique la lenteur de l’Église à intégrer les découvertes scientifiques.

Le pape Jean-Paul II veut bien reconnaître, plus de cent ans après sa découverte, que « l’évolution est plus qu’une hypothèse ». Il s’empresse d’ajouter cependant, d’autorité, que l’âme humaine est une création voulue spécifiquement par Dieu. Devra-t-on un jour aller plus loin et priver l’homme du statut privilégié que la religion lui a attribué? C’est dans cette direction que pointe la recherche scientifique.

La barrière infranchissable que constituent les dogmes est soulignée par Jolibert : « […] prophètes, prêtres, pasteurs, chamans, imans, apparaissent comme les gardiens inviolables d’un savoir ou d’un pouvoir auquel les simples mortels n’ont pas directement accès. Outre que le contenu doctrinaire est indiscutable, la personne des ministres est investie d’une dimension exceptionnelle. Elles incarnent les gardiens spirituels de l’existence ... [1] » La science bien sûr fonctionne tout autrement. Pas de gardien du dépôt des découvertes, pas de grand prêtre qui possède une autorité supérieure à tous les autres, mais le libre examen des résultats par tous ceux et celles qui le veulent. « C’est un lien horizontal de discussion qui repose sur l’hypothèse de l’universalité de la faculté de raisonner librement. Tel est sans doute le sens premier de la liberté du laïc par rapport au clerc [2]  ».


[1] Jolibert, B. Science, religion, philosophie : une confrontation salutaire, IUFM de la Réunion, http://espe.univ-reunion.fr/fileadmin/Fichiers/ESPE/bibliotheque/express..., p. 25.

[2] Ibid.

 

Répliques: 

Au sujet de Vermeer

Auteur(s): 

Extrait de "La réplique de Jacques Dufresne aux auteurs de L'hypothèse Dieu"