Au sujet de Vermeer

 

Une éthique, pour porter fruit, doit être accompagnée d’une esthétique. Je viens d’évoquer celle qui a soutenu l’éthique chrétienne. À nos amis qui veulent tirer une éthique de la science, une question : quelle sera la source d’inspiration de votre esthétique? Vous donnez en exemple un tableau de Vermeer, « ce contemplateur de l’évidence », selon le poète catholique Paul Claudel. Vous justifiez votre choix par un commentaire où vous associez la science à une lumière semblable à celle que Platon et la Bible attribuaient à Dieu. Vous écrivez : « Dans ce chef-d’oeuvre, nous interprétons cette lumière qui inonde l’astronome et les symboles de sa science comme une métaphore de la sensibilité qui donne chaleur et couleur à notre rapport au monde. Cette scène intimiste est pour nous une allégorie de notre lien avec l’univers. Que serait la science dans le noir ou la lumière sans savoir? »

Vermeer, dernier fleuron de la grande tradition, premier des modernes inspiré par la science? À votre place, j’hésiterais à trancher. Pour l’instant, parmi les créations humaines dans le sillage de la science, je suis surtout frappé par le formalisme dans la musique et la peinture contemporaines (musique dodécaphonique, tableaux abstraits, installations). En architecture, j’observe, à Montréal en particulier, que les oeuvres inspirées par la science prennent surtout la forme d’hôpitaux. Je ne leur dénie pas la beauté fonctionnelle des avions, mais y trouverai-je la « chaleur et la couleur » de votre rapport vermeerien au monde? Cette chaleur et cette couleur, les trouverai-je davantage dans les films de science-fiction remplis d’humains robotisés et d’animaux machines monstrueux?